L’apnée du sommeil / Interview du Docteur Eric Mullens

Publié le 29 novembre 2010

Des ronflements forts qui entraînent la somnolence et vont parfois jusqu’à des complications cardiaques peuvent faire penser au syndrome d’apnée du sommeil (SAS), une maladie à ne pas prendre à la légère. Plutôt fréquente, puisqu’elle toucherait près de 5% de la population, l’Institut national du sommeil et de la vigilance la caractérise par : « des arrêts répétés de la respiration au cours du sommeil. Ces « apnées » sont liées à une obstruction de la gorge dans une région appelée pharynx ».


Encore mal connue du public, cette pathologie fait l’objet de nombreuses conférences lors des congrès sur le sommeil et notamment lors de son congrès annuel en novembre.


Entretien avec Eric Mullens, médecin somnologue.





Le docteur Eric Mullens est médecin somnologue, médecin chef du Laboratoire du  Sommeil de la Fondation Bon Sauveur d’Albi dans le Tarn et membre de la Société française de Recherche et de la Médecine du Sommeil.

Il nous explique le syndrome, ses symptômes et son traitement.





1.    Qui est susceptible d’être touché par l’apnée du sommeil ? Y a-t-il un profil plus à risques ?


On estime qu’aujourd’hui que 2 à 5 % de la population française est concernée par ce syndrome. Beaucoup sont des ronfleurs permanents. L’apnée du sommeil touche en majorité les hommes (2 hommes pour 1 femme). Les femmes sont plus exposées après la  ménopause. Les personnes présentant des anomalies de la sphère ORL, des problèmes anatomiques au niveau de la mâchoire par exemple, celles qui fument, consomment de l’alcool ou des somnifères, ont une surcharge pondérale, ou avec une mauvaise hygiène de vie, sont susceptibles de développer un syndrome d’apnée du sommeil. On note aussi un facteur héréditaire.



2.    Quels en sont les symptômes et comment le diagnostic se fait-il ?


Chez l’adulte, le symptôme principal est un ronflement fort et permanent. Il existe néanmoins d’autres signes qui lui sont associés, comme la présence d’arrêts respiratoires repérés par l’entourage, le mal de tête le matin au réveil, le fait de se lever plusieurs fois la nuit pour faire pipi et l’hypertension artérielle. Les personnes souffrant d’apnée du sommeil sont également souvent somnolentes dans la journée avec des troubles de la concentration et des difficultés d’attention.


> Pour en faire le diagnostic, il est nécessaire de suivre le parcours de soins et d’aller en premier lieu consulter son médecin généraliste au moindre doute. C’est lui qui enverra éventuellement consulter un médecin spécialisé dans un centre de sommeil pour réaliser des examens complémentaires.



3.    Sur quoi repose le traitement ?


La prise en charge varie selon la gravité. Le traitement peut consister en une intervention de la sphère ORL (ablation des amygdales ou des végétations, notamment chez l’enfant). Si l’apnée du sommeil est peu importante on peut proposer une orthèse d’avancée mandibulaire après consultation chez un spécialiste dentaire. Il est aussi important de modifier son hygiène de vie (consommation de tabac, d’alcool, de somnifères, ou régime alimentaire). En présence d’un syndrome d’apnées du sommeil sévère il convient de traiter par une pression positive continue par voie nasale. Il s’agit d’un compresseur qui insuffle de l’air par un masque nasal à porter pendant le sommeil. Tous ces traitements doivent être adaptés à chacun en fonction de diagnostic.




4.    Peut-on en prévenir son apparition ?


La prévention peut se faire de deux façons. La première est de respecter une bonne hygiène de vie (consommation raisonnable d’alcool, éviter de fumer, de consommer des somnifères, régime alimentaire équilibré…). La seconde consiste à effectuer un diagnostic précoce chez l’enfant et l’adolescent ronfleur et ne pas hésiter à consulter un spécialiste du sommeil, un ORL et un orthodontiste.



5.    Quelles conséquences sur le sommeil et la santé en général ?


Les apnées sont des pauses respiratoires durant le sommeil qui peuvent durer plus d’une minute chacune. On peut observer plus de 500 arrêts respiratoires au cours d’une nuit qui provoquent une grande instabilité du sommeil à l’origine d’une somnolence dans la journée.


Le risque d’accident de conduite d’un véhicule est multiplié par 6 en raison d’un endormissement au volant* Il y a aussi des conséquences cardiovasculaires comme l’hypertension artérielle ou les accidents cardiaques Ce syndrome est à l’origine d’une altération de la qualité et de la quantité de sommeil avec pour conséquence une prise de poids, du diabète et des troubles de la libido.



6.    Comment expliquer que l’apnée du sommeil soit encore sous-diagnostiquée aujourd’hui et reste peu connu du public ?


La médecine du sommeil n’est pas une spécialité médicale reconnue en France  et elle est encore peu enseignée lors des études médicales. Cela dit le syndrome d’apnées du sommeil fait partie des pathologies du sommeil qui est encore actuellement la mieux connue.



* La 11ème Journée du sommeil qui aura lieu le 18 mars 2011 sera consacrée à « La somnolence au quotidien ».




Pour en savoir plus : rendez-vous sur le site : www.institut-sommeil-vigilance.org

Vous y trouverez notamment la carte des centres de sommeil partout en France et des dossiers avec des fiches pratiques à télécharger pour les différentes pathologies liées au sommeil par ici (pdf).

Un commentaire sur “L’apnée du sommeil / Interview du Docteur Eric Mullens”

  1. [...] de 2% à 5% de la population française est touchée par l’apnée du sommeil, parfois sans le savoir. Ce syndrome qui provoque de nombreuses micro pauses respiratoires durant [...]

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Nous passons environ un tiers de notre vie au lit. Si certains tombent rapidement dans les bras de Morphée, ce n'est pas le cas pour près d'un tiers des français qui souffrent de troubles du sommeil.

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